Mao et Stéphane, un duo au Marathon de Paris 
6 avril 2008

À course commune, récit commun !


Mao : Quelques mois après mes débuts en course à pied à l'automne 2005, dans mon entourage sportif, apparaît dans les conversations, le mot marathon. « Non merci, ce n’est pas pour moi ! Je serais bien incapable de faire 3 ou 4 entraînements par semaine », voilà ce que je répondais. Pourtant, lors de l’édition 2007 du marathon de Paris, quand je suis allé encourager les copains, l’idée commença à germer. Faire un marathon ? Et pourquoi pas ? Aussitôt dit, Stéphane se propose d’être mon partenaire.

Stéphane : Courir un marathon ensemble ? J’ai su dès le départ que Mao en avait largement les capacités, mais il ne voulait pas brusquer les choses, bien que j’aie toujours senti que ça le démangeait. À partir du printemps 2007, la décision est prise : nous ferons le marathon de Paris ensemble. Quoi de mieux que de courir à domicile (ou presque, pour moi) pour une première expérience commune sur la distance ?

Mao : Entre temps, le « Nogent Solidarité Triathlon »  voit le jour, m’offrant ainsi plusieurs partenaires, qui me permettront de progresser rapidement. La préparation arrive vite, et dès le 1er janvier au matin, nous sommes sur les bords de Marne pour notre premier footing, avec une date en tête : le 6 avril, et un objectif : le marathon. Au programme hebdomadaire : 2 footings dont une sortie longue, une séance de fractionné et pour changer un peu, une sortie en tandem. Voilà mon menu. J’ai suivi ce programme tant bien que mal, avec parfois des petits bobos, mais avec des résultats encourageants sur nos courses de préparation.

Stéphane : Notre préparation se passe idéalement à mes yeux. Après une montée en charge progressive à l’automne 2007, nous passons à la préparation proprement dite dès le 1er janvier 2008. Un 10 bornes à Vincennes en février, un semi à Vierzon en mars, avec des records battus dans les deux cas et de bonnes sensations. Une petite alerte à une cuisse pour Mao après le semi, quelques douleurs au dos pour moi, mais rien de bien grave.

Mao : Les jours qui précèdent le jour J, des questions récurrentes : suis-je vraiment bien préparé ? Ai-je suffisamment de kilomètres dans les jambes ? La crainte de voir certains bobos se réveiller… Rajoutez à ça, le film de la course, qu’on se repasse, comme pour se rassurer.
Sur la ligne de départ, je suis beaucoup moins fébrile comparé à d’autres courses antérieures. Une chose est sûre, la présence d’amis juste avant, apaise drôlement ! Le léger frisson est dû surtout à la fraîcheur matinale de ce dimanche 6 avril.
Ça y est ! Nous y sommes ! Le départ des handisports est anticipé de 10 minutes, ce qui évite  d’être pris dans une bousculade. Nous prenons un départ prudent. Les bonnes sensations n’arriveront qu’après le 10ème kilomètre. Les encouragements des spectateurs, de part et d’autres du parcours, font du bien !

Stéphane : À quelques minutes du départ, je suis assez confiant, mais concentré. Il me faudra rester lucide le plus longtemps possible, notamment pour gérer les dépassements par la masse des 37 000 coureurs et les mauvais revêtements de certaines parties du parcours. Enfin le départ, je souffle un grand coup, et c’est parti pour cette longue traversée de Paris à deux. Je m’efforce de prendre un départ prudent : je sais qu’il y a des chevaux sous le capot de Mao, et une grande partie de mon travail consiste à les brider pour éviter la surchauffe. D’autant que, tous seuls ou presque sur les Champs, les athlètes en fauteuil loin devant nous, les autres non-voyants partis plus vite que nous, en descente, la tentation pourrait être grande de se laisser griser. Mais je le dis et le répète à Mao : la course ne commence pas avant 25 ou 30 kilomètres…

Mao : Stéphane me donne beaucoup d’indications sur les différents revêtements que nous foulons et c’est bien utile ! Il m’informe également sur les temps de passage, ce qui me permet de doser au mieux mon effort, bien que ça ne soit pas toujours facile ! La traversée est vraiment très agréable ! Je me sens bien et la foulée est bonne ! Il faut dire que je suis comme chez-moi. A l’approche du 30ème kilomètre, le ton change. Quelques tendons me jouent une musique que je ne souhaitais pas entendre aujourd’hui. Au sortir de la succession de tunnels, mon genou a le mauvais goût de se joindre à la chorale. Je m’efforce de ne pas paniquer, et comme la route est encore longue, je lève légèrement le pied, si j’ose dire.

Stéphane : Jusqu’au 30ème kilomètre, les choses se déroulent comme prévu. Il fait frais, nous avons régulièrement des visages amis sur le bord de la route venus nous soutenir, nous tenons le rythme que nous nous étions fixés. Mais à partir du 30ème kilomètre, alors que nous nous faisons rattraper par le « train des 3 heures 30 » qui occasionne quelques bousculades et frayeurs de chutes, je commence à piocher, et je sens qu’il en va de même pour mon partenaire. Au fil des kilomètres, nous perdons 10, puis 20 secondes par kilomètre, sans pourtant nous effondrer. Mao m’impressionne par sa capacité à maintenir un rythme régulier malgré le poids des kilomètres, la course devient dure mais je m’efforce de rester lucide car je sais qu’approche une partie délicate, la traversée du bois de Boulogne.

Mao : Dans le bois de Boulogne, le revêtement n’est vraiment pas terrible, ce qui m’oblige à lever plus les genoux, augmentant par la même occasion  un peu plus mes douleurs. Pourtant, je me sens encore bien, lucide et peu éprouvé. Je suis seulement bridé par ces douleurs tendineuses, mais hormis cela, quel bonheur de courir à travers la capitale parmi tant d’autres  passionnés comme nous.

Stéphane : Malgré mes appréhensions, la traversée du bois de Boulogne, avec son revêtement rugueux, ses nids de poule et autres poteaux, se passe bien. Mao m’impressionne toujours par sa volonté de ne rien lâcher. Les deux derniers kilomètres provoquent un retour de flamme et se font à un rythme soutenu, et nous passons la ligne quasiment au sprint, en 3h51’40. Nous sommes à peine au-dessus de l’ambitieux objectif initial compris entre 3h40 et 3h50, mais ce léger dépassement ne gâche en rien notre joie commune après trois mois de préparation sérieuse. J’ai surtout le sentiment d’avoir vécu un moment formidable partagé à deux, que je souhaite vraiment à d’autres coureurs de pouvoir vivre un jour.

Mao : Au kilomètre 40 je me dis le plus dur est derrière moi et j’en profite pour accentuer mon allure jusqu’à l’arrivée. Le frisson qui me gagne à ce moment-là est d’une autre nature. Que dire, sinon que je suis extrêmement heureux d’être allé jusqu’au bout de ce marathon, épreuve qui était tout simplement inimaginable pour moi il y a encore 2 ans. Je dédie cette course à tous ceux qui se sont entraînés avec moi au cours de cet hiver et sans qui je n’aurais pas pu goûter à ce bonheur.


Photos

Parfaite osmose de Mao et Stéphane pendant le Marathon de Paris